Alors que je m'allonge à côté de mon fils de 3 ans pour l'accompagner vers le sommeil, je ferme moi aussi les yeux et me mets à méditer.
Ce soir là, j'avais beaucoup à faire, des projets sur lesquels je devais avancer.
S'allonger, là, immobile sans savoir combien de temps cela allait me prendre faisait remonter quelque chose en surface : d'abord de la frustration.
Puis, à mesure que je me laissais aller, j'ai compris que c'était tout ce dont mon corps et mon esprit avaient besoin : lâcher prise.
Tant pis pour les projets, ce n'est pas ce laps de temps avec mon fils qui va chambouler tout mon programme.
Bien au contraire.
Au quotidien, j'accompagne des gens à lâcher prise. À vivre l'instant présent.
J'éduque sur comment le système nerveux peut se sentir en sécurité.
Enrobé de mon enthousiasme et de ma passion pour ce que je fais, j'ai la fâcheuse tendance de moi aussi ne plus prendre le temps.
Pour autant, les signes ne manquent pas : brouillard mental, difficulté à faire le tri dans ce que je dois faire, à prioriser.
Mais ce soir, c'est mon fils qui m'a permis de me reposer.
Ces quelques minutes passées avec lui m'ont fait entrer dans cet instant.
Mes sensations physiques, les battements de mon cœur, le souffle qui se relâche.
Et puis il y a ce corps, à mes côtés, qui se meut, comme une façon de décharger le stress du quotidien, intuitivement.
À mesure que j'écoute ses mouvements, j'entends sa respiration se ralentir, pour finalement laisser place au soupir qui marque le relâchement total.
Ce soir, comme lui, j'ai lâché prise.
J'ai abandonné toute ma to do list au profit de ce moment passé avec une des personnes que j'aime le plus au monde.
Et ce moment, il me rappelle à quel point nous passons très facilement à côté de ce qui nous recharge.
On dit souvent que lâcher prise, c'est abandonner. Une faiblesse.
Ou alors une technique, une compétence de plus à ajouter à la liste pour gérer son stress.
Ce soir là, allongé, je n'ai rien géré du tout.
J'ai juste laissé mon attention descendre dans mon corps : les battements, le souffle, la tension qui se défait.
D'abord le corps. Puis l'émotion. Et seulement après, une pensée, une image.
C'est ça, lâcher prise : ce mur qui se dresse face aux pensées qui filent, sans avoir besoin de les combattre.
Ni s'attacher à ce qui nous traverse, ni le repousser. Juste le laisser être ce qu'il est.
Dans Performance Fondamentale, j'accompagne ces personnes qui ont besoin de ce lâcher.
Nous n'en faisons pas un objectif, mais il est une condition sous jacente.
Je n'en parle jamais car l'évoquer, c'est s'y attacher et ne plus le vivre.
Cela passe par le souffle, par la connaissance de soi et le développement du sens intérieur, l'intéroception.
Nous expérimentons, nous vivons les choses. Se développe alors un pouvoir intérieur que je ne saurais décrire. Comme une force émergente qui redonne de l'espoir à ces personnes.
Ils lâchent prise sur leur passé, font de leur histoire une force.
Je le vois également, de façon plus temporaire, lors des ateliers de breathwork. Où la transe consciente apporte cette possibilité d'ouvrir un nouveau chemin.
Respirer, encore et encore, jusqu'à ressentir son corps vivant. Jusqu'à ce que l'on se connecte à cette intelligence du corps. Lâcher le contrôle de l'ego et prendre le contrôle de soi. Un sentiment nouveau que seul le souffle et ces espaces de connexion peuvent créer.
On réalise alors des choses, on les intègre et on avance sciemment sur le chemin qui s'ouvre à nous.
Lâcher prise n'est pas chose facile. Mais la vie nous offre tant de moments où nous pouvons le faire, qu'il serait dommage de ne pas en profiter.
Et en pratique, ça donne quoi ?
Simplement, comme ce soir où je suis resté allongé dans ce lit.
On ferme les yeux. On inspire une fois, deux fois, et on relâche pour reprendre une respiration naturelle. On met toute sa conscience sur l'écoute des sensations physiques. Et on laisse émerger ce qui doit faire surface.
On connaît la suite, car c'est de cet instant qu'est né ce texte.
Pour vivre le lâcher prise.